Galactolipides de microalgues : une source durable d’oméga-3 pour demain ?
Publié par Andres Lopez, le 20 janvier 2026
Indispensables à notre santé, les oméga-3 sont des acides gras (graisses) essentiels, principalement fournis par les poissons, au prix d’une forte pression sur les écosystèmes marins. Ces acides gras trouvent leur origine à la base des chaînes alimentaires marines : les microalgues. Ces dernières sont riches en oméga-3 sous des formes encore peu connues : les galactolipides, qui ouvrent de nouvelles perspectives pour concilier nutrition et durabilité.
Pourquoi chercher de nouvelles sources d’oméga-3 ?

Les oméga-3 sont des acides gras essentiels pour la santé : ils contribuent au développement et au fonctionnement du cerveau, à la régulation de l’inflammation et à la prévention des maladies cardiovasculaires. Mais notre organisme ne sait pas fabriquer ces précieuses graisses, qui doivent donc être apportées par voie alimentaire. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) recommande d’en consommer un peu plus de deux grammes par jour, mais l’apport moyen des Français est inférieur à un gramme, soit bien en dessous de cette recommandation.
Par ailleurs, certains oméga-3 sont particulièrement rares dans l’alimentation. C’est notamment le cas de l’EPA (acide eicosapentaénoïque) et du DHA (acide docosahexaénoïque), dont les poissons gras représentent la seule source alimentaire commune dans les pays occidentaux. Cette unique source soulève des questions environnementales majeures : la surpêche entraîne une diminution des stocks mondiaux de poissons, fragilise la biodiversité et perturbe les écosystèmes marins. La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) indique qu’environ un tiers des stocks de poisson étaient surexploités en 2019, et près de 90 % exploités à leur rendement maximal.
Une alternative plus durable aux huiles de poisson a donc émergé il y a déjà plusieurs années sous forme de compléments alimentaires : les huiles de microalgues.
La source originelle des oméga-3 : les microalgues
Les microalgues sont des organismes aquatiques microscopiques composant le phytoplancton. Contrairement aux algues visibles sur les plages, ce sont des cellules uniques, invisibles à l’œil nu. Elles sont photosynthétiques : comme les plantes, elles utilisent la lumière, le dioxyde de carbone et l’eau pour produire leur propre matière organique. Elles constituent donc la base des chaînes alimentaires marines, et sont les producteurs primaires d’oméga-3 dans l’océan. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les animaux marins tels que les poissons ne fabriquent pas d’oméga-3 : ils les accumulent tout au long de la chaîne alimentaire en consommant des microalgues ou d’autres animaux plus petits qui en ont eux-mêmes consommé.
Les microalgues présentent plusieurs avantages potentiels comme source d’oméga-3 :
- elles peuvent être cultivées, ce qui en fait une ressource renouvelable qui n’accentue pas la pression sur les écosystèmes marins, contrairement aux poissons ou au zooplancton ;
- elles sont adaptées aux régimes végétalien et végan ;
- leurs oméga-3 sont présents sous différentes formes chimiques, selon l’espèce ou les conditions de culture.

Au-delà de la quantité : la forme des oméga-3 compte
Dans nos aliments, les oméga-3 sont intégrés dans des molécules plus complexes. Trois grandes familles de molécules porteuses d’oméga-3 existent :
- les triglycérides sont composés de trois acides gras, dont font partie les oméga-3. C’est la forme majoritaire des graisses alimentaires, que l’on retrouve dans les huiles de poisson et les huiles végétales ;
- les phospholipides sont composés de deux acides gras et d’une autre molécule appelée « groupement phosphate ». Ils sont moins abondants dans l’alimentation (jaune d’œuf, krill, etc.), mais constituent néanmoins une classe de graisses bien connue des scientifiques ;
- les galactolipides ressemblent aux phospholipides : ils sont composés de deux acides gras et d’un sucre, appelé galactose. Ils sont moins connus que les triglycérides et les phospholipides.
Or, la nature de la molécule qui porte les oméga-3 (triglycéride, phospholipide ou galactolipide) influence leur « biodisponibilité », c’est-à-dire leur capacité à être digérés, absorbés et utilisés par l’organisme. Comprendre la biodisponibilité de ces différentes formes est essentiel, car deux sources contenant la même quantité d’oméga-3 peuvent en réalité présenter une valeur nutritionnelle différente.
Biodisponibilité des galactolipides : que dit la recherche ?
Il est bien établi que les acides gras associés aux phospholipides sont mieux biodisponibles que ceux portés par des triglycérides. Malheureusement, les sources d’oméga-3 sous forme de phospholipides (le krill du zooplancton par exemple) sont rares et non renouvelables : elles sont également sensibles à la surpêche, et leur démocratisation n’est donc pas souhaitable.

En revanche, la biodisponibilité des oméga-3 de galactolipides a été peu étudiée jusqu’ici. Le système digestif humain est capable de digérer les galactolipides afin d’en absorber les oméga-3, mais ils n’ont pas encore été comparés avec les phospholipides et les triglycérides : on ne sait donc pas si les galactolipides sont des sources d’oméga-3 intéressantes pour l’alimentation humaine.
À Nantes, des recherches menées à l’INRAE s’intéressent à ces différentes formes d’oméga-3, afin de mieux comprendre comment elles se comportent lors de la digestion. Des expériences de digestion in vitro (en tube à essai) sont actuellement menées, tandis que des études de biodisponibilité in vivo (chez l’animal) sont en cours de préparation, afin de mieux évaluer le potentiel des galactolipides à couvrir nos besoins en oméga-3.
Concilier besoins nutritionnels et enjeux environnementaux grâce aux microalgues
Si les galactolipides s’avèrent efficacement digérés et absorbés, les microalgues pourraient devenir une source d’oméga-3 majeure pour l’avenir. Non seulement elles permettraient d’alléger la pression sur les écosystèmes marins, mais elles présentent aussi des avantages environnementaux considérables :
- elles consomment le dioxyde de carbone, participant à la capture des gaz à effet de serre ;
- leur production est plus avantageuse que celle de nombreuses cultures agricoles terrestres, en termes de rendement à l’hectare et de consommation ;
- la culture des microalgues ne repose pas sur l’usage de pesticides ni antibiotiques.
La Région Pays de la Loire est un acteur important de la filière microalgues en France, en termes de culture, de transformation et de recherche. La production de galactolipides riches en oméga-3 pourrait constituer un débouché intéressant pour un territoire déjà structuré autour des microalgues. La feuille de route régionale 2020-2027 affiche l’ambition de renforcer les liens entre recherche et industrie, afin de répondre aux enjeux nutritionnels, environnementaux et économiques des prochaines décennies. Dans ce contexte, les galactolipides issus de microalgues apparaissent comme un exemple concret de valorisation à haute valeur ajoutée, à la croisée de la santé, de l’alimentation et de la transition vers une bioéconomie plus durable.

Sources :
- ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), Les lipides (2021)
- FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), The status of fishery resources (2024)
- Région Pays de la Loire, Feuille de route régionale 2020-2027 en faveur de la filière microalgues
