Grossesse après 35 ans : un enjeu pour la santé des générations futures ?
Publié par Emelyne Lécuyer, le 12 juillet 2026
Avoir un enfant plus tard dans la vie est devenu une réalité de plus en plus fréquente dans de nombreux pays. Alors qu’il y a encore quelques décennies, la majorité des premières grossesses survenaient chez des femmes âgées d’une vingtaine d’années, l’âge de la première maternité augmente progressivement dans le monde. Cette évolution, qui traduit de profondes transformations sociales, économiques et culturelles, soulève aujourd’hui de nouvelles questions scientifiques : comment l’âge maternel au moment de la grossesse influence-t-il la santé de la mère, du fœtus et, plus largement, celle de la génération suivante ?
Qu’appelle-t-on « âge maternel avancé » ?
En médecine, on parle généralement d’âge maternel avancé lorsque la mère est âgée de 35 ans ou plus au moment de l’accouchement. Cette limite, utilisée depuis plusieurs décennies, est historiquement liée à l’augmentation observée de certaines complications obstétricales et chromosomiques avec l’âge.
Cependant, cette définition mérite d’être nuancée. Une femme de 35 ans aujourd’hui n’a pas nécessairement le même état de santé, les mêmes conditions de vie ou le même contexte médical qu’une femme du même âge il y a 50 ans. L’âge chronologique ne résume donc pas à lui seul la situation biologique d’une grossesse. Les habitudes de vie, l’environnement, la nutrition, le statut socio-économique et l’accès aux soins jouent également un rôle majeur.
Pourquoi l’âge maternel influence-t-il la grossesse ?
La grossesse est une période d’adaptation biologique intense. L’organisme maternel doit modifier son métabolisme, son système immunitaire et son fonctionnement hormonal afin de soutenir le développement du fœtus.
Avec l’avancée en âge, certaines adaptations peuvent devenir moins efficaces. Les grossesses chez les femmes plus âgées sont associées à un risque plus élevé de certaines complications, comme le diabète gestationnel, l’hypertension artérielle gravidique, la prééclampsie, les naissances prématurées ou les anomalies du développement fœtal.
Ces risques ne signifient pas qu’une grossesse après 35 ans se déroule nécessairement mal : la majorité des femmes concernées ont une grossesse normale et donnent naissance à des enfants en bonne santé. Mais, à l’échelle des populations, l’augmentation de l’âge maternel modifie la fréquence de certaines situations médicales et devient donc un enjeu important de santé publique.
Une évolution mondiale : des maternités de plus en plus tardives
Au cours des dernières décennies, l’âge au premier enfant a augmenté dans de nombreux pays. Cette tendance concerne particulièrement les pays à revenu élevé, mais elle s’observe également dans plusieurs régions du monde.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Les études longues, l’entrée plus tardive dans la vie professionnelle, la recherche d’une stabilité économique avant de fonder une famille, mais aussi l’évolution des modèles familiaux contribuent au report des projets parentaux.
À cela s’ajoute l’évolution des techniques médicales, notamment l’amélioration de la prise en charge de l’infertilité, qui permet aujourd’hui à certaines femmes d’envisager une grossesse à un âge où cela aurait été plus difficile auparavant.
En France : des premières maternités plus tardives
La France suit cette tendance générale. Depuis plusieurs décennies, l’âge moyen des mères à la naissance d’un enfant augmente progressivement. Les premières maternités surviennent aujourd’hui plus tardivement qu’auparavant, avec une proportion croissante de grossesses chez des femmes âgées de 35 ans et plus.
Cette évolution reflète des changements profonds de société : allongement des études, désir de consolider une situation professionnelle, accès plus large à la contraception permettant de mieux choisir le moment d’un projet parental, mais aussi difficultés liées au logement, à l’emploi ou au coût de la vie.
Ainsi, le recul de l’âge de la maternité n’est pas uniquement une question biologique : il est aussi le reflet d’une transformation des parcours de vie.
Au-delà de la grossesse : quel impact sur la santé de l’enfant ?
Si les conséquences immédiates de l’âge maternel avancé sont aujourd’hui relativement bien documentées, une question émerge : l’âge de la mère au moment de la conception peut-il influencer la santé de l’enfant tout au long de sa vie ?
Cette question s’inscrit dans un domaine de recherche appelé l’origine développementale de la santé et des maladies (DOHaD, pour Developmental Origins of Health and Disease). Ce concept repose sur l’idée que les événements vécus pendant les premières périodes de la vie, notamment avant la naissance, peuvent laisser une empreinte durable sur le fonctionnement de l’organisme. Les 1000 premiers jours, de la conception aux deux premières années de vie, représentent ainsi une fenêtre particulièrement sensible pour la construction de la santé future.
Les recherches du laboratoire PhAN : comprendre comment l’environnement précoce façonne la santé future
Au sein du laboratoire PhAN (Physiopathologie des Adaptations Nutritionnelles), unité de recherche d’INRAE et de Nantes Université, nous étudions comment les conditions rencontrées pendant les périodes précoces de la vie, période des 1000 premiers jours de vie notamment pendant la grossesse et les premiers mois après la naissance, peuvent influencer durablement la santé.
Notre laboratoire cherche notamment à comprendre comment des facteurs de l’environnement comme la nutrition, qui passe les échanges entre la mère et le fœtus via le placenta ou l’allaitement maternel peuvent modifier le développement des organes et des grandes fonctions biologiques. Ces travaux s’intéressent en particulier aux mécanismes capables de garder une « mémoire » de ces événements précoces, par exemple à travers des modifications épigénétiques ou des changements durables du métabolisme.
Notre question de recherche : l’âge maternel, une nouvelle fenêtre sur la programmation de la santé ?
Dans ce contexte, nos travaux s’intéressent aux conséquences de l’âge maternel avancé sur la descendance. L’objectif est de mieux comprendre comment une grossesse survenant à un âge plus élevé peut modifier l’environnement dans lequel le fœtus se développe et quelles pourraient être les conséquences à long terme pour l’enfant.
Nous cherchons notamment à identifier les mécanismes biologiques impliqués : le rôle du placenta, les échanges nutritionnels entre la mère et le fœtus, les adaptations métaboliques maternelles, mais aussi l’impact possible sur le développement du microbiote intestinal et des fonctions immunitaires de la descendance.
Mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre, à terme, de mieux accompagner les grossesses tardives et de développer des stratégies de prévention adaptées, afin que l’allongement des parcours parentaux puisse s’accompagner d’une meilleure préservation de la santé des générations futures.
