Comprendre et moduler l’activité électrique du cœur pour prévenir la mort subite cardiaque

Publié par Camille Maiano, le 1 octobre 2026   1

Le cœur produit son propre courant électrique

Le cœur humain bat toutes les secondes grâce à une impulsion électrique générée dans l’oreillette droite où se situe notre pacemaker naturel. Ce courant électrique va ensuite se propager, de proche en proche, vers les autres compartiments cardiaques afin de créer une vague synchrone de contraction du muscle cardiaque, permettant une éjection efficace du sang vers les organes. C’est ce courant électrique et son trajet dans le cœur que l’on mesure lorsqu’on réalise un examen médical appelé électrocardiogramme.

Ce courant électrique provient de l’échange d’ions sodium, potassium et calcium au travers de canaux qui bordent la paroi des cellules cardiaques.

Cellule cardiaque et zoom sur le canal sodium NaV1.5 ; Image générée par ChatGPT

Le sodium, un électrolyte vital pour la contraction cardiaque.

Parmi ces canaux, le canal sodium NaV1.5 est celui qui initie l’impulsion électrique et assure sa bonne propagation de la base jusqu’à la pointe du cœur. On parle alors de conduction cardiaque.

Lorsque ce canal est moins exprimé ou fonctionne mal notamment à cause de mutations génétiques, l’activité électrique du cœur est perturbée et des troubles du rythme apparaissent, pouvant s’inscrire, dans les cas les plus graves, parmi les 40 000 mort subites cardiaques répertoriées par an.

Savoir contrôler l’expression du canal NaV1.5, c’est mieux prévenir le risque de mort subite cardiaque

Compte tenu de son rôle essentiel, le canal NaV1.5 représente une cible particulièrement intéressante pour développer de nouveaux traitements.

En effet, à ce jour, il n’existe pas de traitement permettant d’agir directement sur la production ou le fonctionnement de NaV1.5 afin de corriger les anomalies associées à ce canal. Pour prévenir les conséquences les plus graves des troubles du rythme, les médecins ne peuvent s’appuyer aujourd’hui que sur des dispositifs implantables tels que les stimulateurs cardiaques (pacemakers) et les défibrillateurs aux effets secondaires importants.

Le projet européen NaV1.5-CARED, financé par le Conseil européen de l’innovation (EIC) et soutenu par la région Pays de la Loire, cherche à ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. Il est coordonné par l’INSERM, à l’institut du thorax (Nantes), et rassemble 6 partenaires académiques et 2 industriels issus de 4 pays européens. Son objectif est de développer des traitements médicamenteux capables de restaurer le fonctionnement normal de NaV1.5 et, ainsi, de mieux prévenir certains troubles du rythme cardiaque.

Logos du projet européen NaV1.5-CARED et des financeurs European Innovation Council et Pays de la Loire

Les chercheurs engagés dans le projet européen NaV1.5-CARED étudient tout d’abord les mécanismes génétiques qui contrôlent la production et le fonctionnement de NaV1.5 chez des personnes atteintes de troubles héréditaires comme le Syndrome de Brugada ou de la conduction cardiaque. Cela leur permet alors d’identifier les éléments de l’ADN et les protéines qui jouent un rôle dans cette régulation pour s’en servir comme nouvel outil thérapeutique.

Cellules cardiaques humaines produites en laboratoire à partir de cellules pluripotentes induites ; microscopie confocale, © l'institut du thorax


Les scientifiques testent actuellement de nouveaux candidats thérapeutiques sur des cellules cardiaques humaines produites en laboratoire à partir de cellules pluripotentes induites. Ils espèrent valider prochainement leur capacité à restaurer le fonctionnement de NaV1.5, avant leurs futures applications médicales.


Coordinateur du projet NaV1.5-CARED : Julien BARC, Directeur de Recherche INSERM à l'institut du thorax

Partenaires du projet NaV1.5-CARED
:
INSERM, Amsterdam UMC, CHU de Nantes, FNUSA-ICRC, MDC Berlin, Nantes Université, PacingCure, Smartox