Et si on parlait de recherche animale ? Le projet Pour-Sang-Tage

Publié par UMR BIOEPAR, le 4 février 2026

La Règle des 3R

L’utilisation d’animaux à des fins scientifiques a souvent une mauvaise image, essentiellement parce qu’elle est mal connue. Elle reste pourtant indispensable dans de nombreux domaines de la recherche. A ce jour, en France, tout projet expérimental sur l’animal nécessite d’obtenir une autorisation du Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Cette autorisation nécessite notamment une évaluation par un comité d’éthique. La prise en compte du bien-être animal est aujourd’hui indispensable, à la fois pour garantir des résultats pertinents, mais également pour respecter des critères éthiques rigoureux. Dans ce ; cadre, chaque projet est réfléchi pour respecter la règle des 3R (Figure 1) : (1) Remplacer : l’objectif est d’éviter au maximum l’utilisation d’animaux en recherchant activement des alternatives, en privilégiant par exemple des essais in vitro (expérimentation sur cellules ou tissus), ou in silico (expérimentation sur ordinateur), lorsque cela est possible ; (2) Réduire : l’objectif est de privilégier des méthodes permettant d’obtenir des résultats pertinents en utilisant le moins d’animaux possible ; (3) Raffiner : l’objectif est d’optimiser les approches expérimentales, notamment afin de réduire, supprimer ou soulager la douleur, d’améliorer le bien-être animal, de limiter le stress pour les animaux, de définir des points limites d’arrêt de procédure, de favoriser les procédures non invasives, de réduire la durée des expériences, d’assurer une très haute qualité de soins avant, pendant et après les interventions, ou d’utiliser des procédures d’euthanasie appropriées. Ainsi, lorsque l’utilisation d’animaux est nécessaire, ces procédures garantissent un haut niveau d’éthique et un respect du bien-être des animaux utilisés.

Figure 1. Schéma du principe des 3R. Source : Weisslinger Marion, Chaire BEA, VetAgro Sup, DOI 10.5281/zenodo.15094120.

Poissons en expérimentation animale

Au sein de l’équipe APPIFISH, rattachée à l’unité mixte de recherche BIOEPAR (Oniris – INRAE), nous travaillons à l’amélioration des conditions d’élevage d’une espèce en particulier : la truite Arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), un poisson de la famille des Salmonidés d’eau douce. Nos objectifs sont de développer des vaccins, d’améliorer l’utilisation des antibiotiques (pour améliorer la prise en charge des maladies infectieuses tout en limitant la sélection de bactéries antibiorésistantes), ou encore de travailler sur le bien-être animal, aussi bien en fermes aquacoles qu’en études expérimentales. C’est dans ce dernier cadre que s’inscrit le projet pour-SANG-tage, co-financé par la Région Pays de Loire et l’INRAE.

De nombreux protocoles de recherche nécessitent la réalisation de prises de sang sur les animaux, parfois de manière ponctuelle, parfois de manière répétée. Ce peut être dans le cadre d’études pharmacocinétiques (études sur le comportement de médicaments, comme des antibiotiques, dans un organisme) ou pour le suivi de marqueurs biologiques (par exemple, suivi du cortisol, un marqueur de stress), en immunologie (vaccins) ou lors d’étude sur le métabolisme… La plupart du temps, les mesures répétées sont plus informatives, puisqu’elles permettent un suivi longitudinal des animaux, et de ce fait assurent une meilleure caractérisation de la variabilité inter-individuelle, donc un raffinement des procédures expérimentales. Elles permettent également, la plupart du temps, de réduire le nombre d’animaux impliqués dans une procédure. Ceci s’inscrit donc pleinement dans la règle des 3R que tout chercheur doit respecter. Toutefois, les données disponibles dans la littérature sont éparses quant aux bonnes pratiques lors de la réalisation de prises de sang chez les Salmonidés. Les seules lignes directrices actuellement disponibles chez le poisson (hors Poissons Zèbres – Danio rerio) en centres de recherche émanent du Conseil Canadien de Protection des Animaux (CCPA). Ce document préconise un prélèvement de 1 mL de sang/kg de poids corporel de poisson, en précisant toutefois que ces derniers peuvent supporter des prélèvements plus importants, sans plus de détails. Par ailleurs, il n’existe aucune indication quant au temps de régénération sanguine chez le poisson : il est ainsi recommandé de suivre l’hématocrite, dont l’évolution dépend fortement de la température de l’eau et de l’espèce considérée. L’absence de données plus concrètes est une limite forte à la mise en place de suivis longitudinaux des paramètres sanguins, notamment lorsqu’il faut défendre un projet en comité d’éthique. En expérimentation, les poissons sont habituellement jeunes et donc d’un poids compris entre 150 et 400 g pour la truite Arc-en-ciel. Or, il est souvent impossible de mettre en place un suivi longitudinal avec un prélèvement limité à 0,1% du poids corporel (soit 0,15mL à 0,4 mL de sang par poisson dans la gamme de poids indiquée), car les besoins analytiques nécessitent souvent des volumes minimums de sang plus importants. Ceci impose alors une euthanasie des poissons au moment de les prélever, et rend impossible tout suivi dans le temps. Proposer un nouveau référentiel chez la truite permettra ainsi une approche plus éthique de la recherche en salmoniculture, et, en autorisant des prélèvements répétés, permettra de réduire le nombre d’animaux utilisés.

Réalisation de prises de sang chez la truite

Le projet pour-SANG-tage a donc pour objectif de déterminer le volume de sang que l’on peut raisonnablement prélever sur la truite Arc-en-ciel dans le cadre d’un protocole de recherche, sans mettre en danger ni la vie des animaux ni la qualité des résultats ainsi obtenus. Mais comment effectuer une prise de sang sur une truite ? La prise de sang pour cette espèce nécessite la réalisation d’une anesthésie générale (par utilisation de médicaments adaptés, dilués dans l’eau d’un bac d’anesthésie). Elle doit être réalisée par un personnel compétent et formé à ce geste, avec une surveillance attentive de l’animal pendant les phases d’anesthésie et de réveil. Le temps passé hors de l’eau par le poisson pour la réalisation de la prise de sang n’excède pas 1 minute, il est généralement de moins de 20 secondes. Il existe plusieurs zones de prélèvements possible, mais la plus habituelle (et la moins traumatisante) est une ponction dans le sinus veineux caudal qui peut être atteint par abord ventral (en arrière de l’anus) ou latéral (sous la ligne blanche, Figure 2). La maîtrise du geste et le choix de la zone de ponction sont essentiels pour limiter la douleur et assurer un impact minimal de la ponction sur la santé du poisson.

Figure 2. Prise de sang par abord latéral chez une truite Arc-en-ciel anesthésiée. © Antoine Rostang, 2025.

Nouveau référentiel à venir chez la truite

Nous avons pu vérifier que le poisson tolère très bien des prises de sang répétées (sous anesthésie générale), jusqu’à 4 en 24h, sous réserve de procédures maîtrisées (anesthésie, maitrise du geste technique, suivi du bien-être animal) et d’un volume total de prélèvement adéquat. Selon les résultats de cette étude, le volume de sang que l’on peut prélever sur une truite Arc-en-ciel sans modifications physiologiques majeures oscille autour de 0,45% du poids vif (soit 4,5 mL de sang par kg de poids corporel), avec quelques différences selon les procédures retenues (prélèvements unique ou multiples). La durée de régénération sanguine varie selon les procédures utilisées, mais est comprise en 1 et 3 mois (figure 3). Des études complémentaires sont en cours pour mieux comprendre la régénération sanguine dans cette espèce, et proposer un référentiel solide pour la réalisation de prises de sang sur les salmonidés dans un cadre expérimental.



Figure 3. Suivi du pourcentage d’érythrocytes immatures (par rapport à l’ensemble des globules rouges) sur 8 truites ayant eu un prélèvement de sang à T0. Les érythrocytes immatures sont des globules rouges immatures dont le relargage dans le sang traduit la régénération sanguine en cours.

Responsable scientifique du projet

Antoine Rostang.

Maître de conférences. UMR 1300 BIOEPAR (INRAE - Oniris)

Oniris site de la Chantrerie, CS40706, 44307 Nantes, France
Équipe APPIFISH, bâtiment G2 2e étage
Email : antoine.rostang@oniris-nantes.fr
Tél : 02 40 68 76 76

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