Les plantes de services et la fauche : une combinaison prometteuse pour cultiver du pois chiche sans pesticides

Publié par Margaux Guy, le 4 mars 2026   3

Vers une agriculture plus durable en produisant des légumineuses à graines

Le pois chiche, comme les autres légumineuses à graines, est une espèce clef pour répondre aux enjeux actuels des transitions agroécologique et alimentaire. Ses graines, riches en protéines, offre une alternative intéressante aux protéines d’origine animale. De plus, sa culture ne nécessite pas de fertilisation azotée, limitant ainsi les risques de pollutions environnementales. Malgré ses intérêts agronomiques et nutritionnels, le pois chiche reste toutefois une culture marginale en France. La compétition exercée par les adventices, communément appelées "mauvaises herbes", mais aussi les dégâts causés par l’ascochytose, une maladie foliaire, entraînent en effet une forte instabilité du rendement (Figure 1). Dans ce contexte, assurer une production de pois chiche, tout en évitant de recourir aux pesticides, devient un enjeu difficile à relever.

Figure 1 : Symptômes d'ascochytose sur tige et gousse de pois chiche (A). Forte pression adventice dans une culture de pois chiche (B). Photos : Margaux Guy.

Les plantes de services : tirer parti des interactions entre plantes pour diminuer l’usage de pesticides

Les plantes de services correspondent à des espèces non récoltées, cultivées pour les bénéfices qu’elles peuvent apporter à la culture de vente, notamment en matière de régulation des bioagresseurs. Par exemple, la présence d’une plante de services compétitive pour l’acquisition des ressources (nutriments, lumière, eau) diminue la quantité disponible pour les adventices, limitant ainsi leur croissance. Dans le cas des maladies foliaires causées par un champignon, comme l’ascochytose du pois chiche, la présence d’une plante de services non hôte peut perturber la dispersion des spores, limitant ainsi la sévérité des symptômes. Par conséquent, plutôt que de cultiver une culture pure vulnérable face aux bioagresseurs, associer le pois chiche à une plante de services peut être un outil intéressant pour gérer ces contraintes en évitant de recourir aux pesticides.

Faucher la plante de services pour réorienter les rapports de compétition en cours de culture

Toutefois, lorsque plusieurs espèces sont cultivées simultanément sur la même parcelle, la compétition pour l’acquisition des ressources peut poser un risque de pertes de rendement si elle n’est pas maîtrisée. Pour pallier cet inconvénient, il peut être intéressant de réguler la plante de services en la fauchant, permettant ainsi d'aider à la gestion des bioagresseurs, tout en évitant une trop forte domination de l’espèce associée sur le pois chiche.

En se basant sur ces hypothèses, une expérimentation a été menée au sein de l’unité de recherche LEVA (ESA d’Angers, INRAE). Pendant deux années consécutives (2023, 2024), des essais ont été conduits sur des parcelles agricoles dans lesquels différentes combinaisons d’espèces de plantes de services et de fauche ont été testées. Le pois chiche a été cultivé seul et en association avec cinq espèces de plantes de services contrastées : l’avoine de printemps, la féverole de printemps, la moutarde blanche, le trèfle d’Alexandrie et le sorgho du Soudan (Figure 2). Dans les associations, la plante de services a été semée entre les rangs de pois chiche, au milieu.

Figure 2 : Photographies des associations à base de pois chiche et d'avoine (A), de féverole (B), de moutarde blanche (C), de trèfle d'Alexandrie (D), et de Sorgho du Soudan (E), prises au stade 13 feuilles du pois chiche. Photos : Margaux Guy.

Deux traitements de fauche ont été testés pour les inter-rangs du pois chiche : aucune intervention ou une fauche au début de sa floraison (Figure 3).

Figure 3 : Association pois chiche-avoine sans fauche (A) ou venant d'être fauchée au début de la floraison du pois chiche (B). Photos : Margaux Guy.

Associations pois chiche-avoine fauchées : des résultats prometteurs pour la gestion simultanée des adventices et de l’ascochytose sans pesticides

Nos travaux ont mis en évidence l’importance clef du choix d’espèce de plante de services. En effet, seule l’introduction d’une espèce compétitive, l’avoine, a permis d’améliorer la gestion des deux bioagresseurs par rapport à la culture pure de pois chiche. Ce résultat a été observé pendant les deux années d’expérimentation, que ce soit en cas de faible ou de forte pression des adventices et de l’ascochytose. Notre étude a également permis de montrer l’intérêt de la fauche pour réorienter les rapports de compétition en cours de cycle en faveur du pois chiche. Toutefois, en cas de conditions favorables à la culture, faucher au stade début floraison s’est avéré trop tardif pour éviter d’importantes pertes de rendement dues à la compétition exercée par l’avoine. Des résultats prometteurs ont toutefois été obtenus en deuxième année d’expérimentation, lorsqu’une fauche plus précoce des inter-rangs a été ajoutée au stade 10 feuilles du pois chiche.

Ainsi, nos travaux offrent des perspectives pour cultiver des espèces mineures et peu compétitives, comme le pois chiche, et concevoir une agriculture plus durable et robuste face à la variabilité interannuelle.

Par Margaux Guy

Encadrement de la thèse : Mathieu Lorin, Xavier Bousselin (unité LEVA, ESA, INRAE) et Guénaëlle Hellou (unité IRHS, Institut Agro).

Financements : Région Pays-de-la-Loire et Département AgroEcoSystem INRAE. La thèse est également adossée au projet ANR SPECIFICS (ANR-20-PCPA-0008), financé par le Programme Prioritaire de Recherche « Cultiver et Protéger Autrement » (PPR CPA).