Que donnent à entendre des créations sonores participatives menées avec des personnes apprenant le français ?

Publié par Pôle Science & Société Le Mans Université, le 10 août 2026

Alors qu’en didactique des langues, le sonore est travaillé quasi exclusivement depuis la langue, la recherche CreaSons s’intéresse aux écoutes des sons du quotidien. Elle interroge d’abord la manière dont des récits sonores participatifs sont réalisés avec des personnes apprenant le français. Elle propose ensuite de partir de pratiques artistiques pour l’enseignement-apprentissage des langues.

« Listen and repeat. » Quand on apprend une langue, qui plus est quand cette langue d’apprentissage est majoritaire car officielle dans l’espace où l’on se trouve, l’écoute est souvent pensée comme une activité d’entrainement régulière pour faire son oreille à d’autres sonorités.

Pourtant, depuis une vingtaine d’années, le champ des « sound studies », un champ de recherche interdisciplinaire qui explore le son sous tous ses aspects : culturels, sociaux, historiques, technologiques, politiques et artistiques, qui montre qu’écouter est avant tout une question socioculturelle. L’écoute se construit en fonction des milieux sonores habités.

Analyse de six créations sonores participatives et des artistes associés

Dans le cadre de nos travaux de recherche, nous nous sommes attachés à analyser une sélection de créations sonores participatives. Six œuvres ont été retenues pour cette étude. Toutes ont pour point commun : avoir été conçues avec des personnes en situation d’apprentissage de la langue française en France. Elles interrogent des récits dominants dans l’espace médiatique et culturel français et proposent des récits alternatifs en donnant à entendre une diversité de voix, de manières de dire et d’interprétations de sons.

Des entretiens avec des artistes ont permis mieux comprendre les étapes de création (planification, mise en œuvre, montage) ainsi que les réceptions envisagées et avérées. Les résultats ont montré que la participation intervenait essentiellement dans les enregistrements. Enregistrer, sélectionner et expliquer des sons du milieu habité apparait comme un geste d’écriture pour des personnes en situation d’apprentissage de la langue française. Ce geste permet de s’exprimer par le sonore avant de s’approprier les mots pour le dire. Dans les créations sonores analysées, l’écriture sonore resterait liée à l’écoute des artistes et ingénieurs sonores impliqués pour des raisons d’abord techniques puis esthétiques.

Pistes d’atelier autour d’écritures sonores collectives

Cette analyse a donné lieu à des pistes de pratiques artistiques pour l’enseignement-apprentissage des langues qui ont été menées d’abord en milieu universitaire avec des étudiants internationaux. La prise de son est apparue comme un moyen d’expression permettant de relier espaces d’apprentissage de la langue et espaces habités. Une analyse de ce dispositif a été menée de manière comparative avec d’autres collègues travaillant sur les enjeux de la pédagogie expérientielle par le sonore en France et en Suisse.

Un second travail a été mené en milieu scolaire[MG1] . Des élèves de 5ème ont travaillé avec une équipe enseignante et une artiste. Ce travail a permis aux élèves de s’exprimer sur leurs rapports aux sons du quotidien. L’attention portée à l’écoute de leur milieu sonore a suscité des échanges qui questionnent les rapports de pouvoir dans cet espace. Les élèves, par leurs récits collectifs d’une journée type, soulignent des vécus parfois communs, comme le son de la sonnerie, ou dénoncent des situations discriminatoires comme la répétition de prénoms écorchés. Là encore, leur récit souligne à la fois des sons communs, des sons qui racontent un rythme scolaire culturel et des rapports de pouvoir au sein de l’établissement et la non-reconnaissance de différences, pouvant entrainer des situations discriminatoires. L’écoute de Monica Fantini a donné lieu à un « portrait sonore » du collège, disponible sur le site de l’émission « Écouter le monde » de la radio RFI. Ces expériences montrent qu’une approche sensible, créative et non normative de l’écoute, au-delà des mots, peut aider à questionner les récits dominants et à développer une écoute critique.

Cette recherche se poursuit actuellement. Le collège Berthelot du Mans est actuellement engagé dans une recherche collaborative « Écoutons Berthelot », financée par l’IFÉ de l’ENS de Lyon. Un podcast sera disponible dès septembre 2026.


Cet article a été rédigé par Caroline Venaille, Enseignante-chercheuse en langues à Le Mans Université et rattachée au CREN à Le Mans Université, au sein du CREN (Centre de Recherche en Education de Nantes), dans le cadre d’un financement de l’Académie PULSAR de la Région Pays de la Loire.