Comment le festival Tramé(e)s a réuni chercheurs et artistes autour de l’art textile ?
Publié par EchoSciences Pays de la Loire, le 16 mars 2026 2

En octobre 2025, un groupe de chercheur·euses de l’Université Catholique de l’Ouest a organisé Tramé(e)s, un festival né d’un projet de recherche croisant histoire, art et musique. En associant chercheur·euse·s, artistes et étudiant·e·s, l’événement a exploré les liens entre patrimoine textile, création contemporaine et réflexion sur la place des femmes dans l’art.
Les 2, 3 et 4 octobre 2025 a eu lieu un nouveau genre de colloque : le Festival Tramé(e)s. Pourquoi un nouveau genre de colloque ? Parce que cet évènement est né d’un projet de recherche pluridisciplinaire de l’Université Catholique de l’Ouest (UCO) réunissant historiennes et historiens de l’art, médiévistes et musicologues. Avec ce festival, pour les deux porteuses de ce projet Nathalie Le Luel, maîtresse de conférences en Histoire et Marion Duquerroy, maîtresse de conférences en Histoire de l’art, l’idée était de mettre en réseau chercheur·e·s, artistes, institutions et étudiants, et réfléchir aux usages du textile dans différents contextes historiques et sociaux.
L’Anjou et l’histoire du tissage : la Genèse du projet de recherche
L’histoire du tissage est ancrée dans le territoire d’Anjou – par la présence de la Tenture de l’Apocalypse de Jean de Bruges – et en dialogue, avec Le Chant du Monde de Jean Lurçat. Plus récemment, en 2016 à l’occasion du cinquantenaire de la mort de ce dernier, la ville d’Angers passe commande à l’artiste irlandaise Claire Morgan qui propose une œuvre textile : « Plenty More Fish in the Sea », qui interroge la crise écologique.
« On voulait vraiment travailler à la création d’un dialogue entre trois œuvres réalisées chacune à des moments de crise historique : le Moyen Âge avec la Tenture de l’Apocalypse, l’après-Seconde Guerre mondiale avec le Chant du Monde de Jean Lurçat, et aujourd’hui avec Plenty more Fish in the Sea de Claire Morgan, une œuvre qui interroge la crise écologique. »
Le projet de recherche, inscrit dans un appel à projet de l’UCO, visait à créer un dialogue entre le patrimoine médiéval, l’art contemporain et les pratiques artistiques locales. Notamment ce « que le Moyen Âge pouvait apporter comme éclairage pour la pratique contemporaine… en termes de savoir-faire, d’iconographie et de plastique et inversement ».
« La présence de Jean Lurçat et de sa tenture a encouragé la mise en place d’ateliers qui ont créé à Angers un essor de la tapisserie contemporaine, de la fin des années 60 jusqu’aux années 90. »
Une réflexion menée par Nathalie Le Luel et Marion Duquerroy qui réunissait Pauline Boivineau, maîtresse de conférences en arts du spectacle, Jehanne Roul et Guy Jarousseau, maître de conférences en Histoire, Anne-Zoé Rillon-Marne, maîtresse de conférences en Musicologie et Thomas Fort, enseignant, critique d’art et commissaire d’exposition.

La place des femmes dans l’art textile
La place des femmes dans l’art textile était aussi une réflexion amenée par Tramé(e)s. Notamment parce que les travaux d’aiguilles regroupant tricot, tissage, couture, etc. sont historiquement associées aux femmes, en partie à cause de l’industrialisation et des assignations sociales. Par exemple, la figure de la licière soit l’artisane qui réalise des tapisseries. Pourtant, dans l’art au sens artistique, les tapisseries représentées sont le plus souvent associées à des artistes masculins.
Une féminisation du métier qui est souvent signe de déclassement symbolique et financier. Alors que lorsque pratique artistique de la tapisserie est remise au gout du jour dans les années 1970, ce sont généralement des artistes masculins qui sont sur le devant de la scène. Néanmoins, les femmes sont celles qui ont progressivement remis à l’honneur la tapisserie dans l’art contemporain, avec des pratiques artisanales comme espace d’émancipation et de créativité féministe.
« Ces pratiques domestiques sont devenues une arme politique, un endroit d’émulation et de revendication des droits. »
Comment partager ces réflexions de recherche plus largement ?
Le festival Tramé(e)s est l’aboutissement du projet de recherche, combinant séminaires, ateliers, conférences et une exposition déployée dans 4 lieux : Musée des Beaux-arts, Musée Jean Lurçat et de la Tapisserie Contemporaine, TALM Angers, BU de l’UCO. Un évènement ouvert, gratuit et interactif, permettant aux étudiants, chercheurs et grand public de circuler entre les lieux et les œuvres.
« L’idée était vraiment de tisser des dialogues et de mettre en discussion commissaires, conservateurs, artistes et chercheurs venant de différentes institutions. »

Le festival a permis de toucher près de 400 personnes et de créer de nombreux dialogues entre participants et intervenants. L’atmosphère bienveillante qui s’en est dégagée a favorisé une véritable émulsion intellectuelle et suscité l’envie de réfléchir ensemble. Les étudiants en Histoire de l’art de l’UCO ont ainsi pu participer à un événement lié à la recherche qui a retenu leur attention, en échangeant autour des articles sur les origines de la création textile, le sens de la production artistique et la manière dont les arts peuvent servir de moyen de communication. Le festival a ainsi fonctionné comme un outil de valorisation de la recherche en histoire de l’art et un vecteur de partage, permettant de sortir d’un entre-soi universitaire, de montrer une autre facette aux étudiants et de créer des liens concrets entre l’art et le territoire à travers des échanges riches et ouverts.
