« Les Contes du Cosmos » : quand l’art et la science dessinent les étoiles !
Publié par Audrey Lavau-Girard, le 23 avril 2026
Un moment suspendu, à mi-chemin entre l’émotion de l’art et la fascination pour l’univers !
Sous les étoiles et au fil des mots, deux univers se sont entremêlés le temps d’une soirée singulière, le 31 mars dernier, au Musée des Beaux-Arts : une déambulation "art et science" intitulée Les contes du Cosmos, proposée dans le cadre des "RDV astro " *. Une parenthèse rare où l’art et l’astronomie se répondent, invitant le public à voyager aussi bien dans l’imaginaire de la mythologie grecque que dans les horizons de la science.
D’un côté, Élise Gaillard - médiatrice culturelle du Musée, fait naître, avec une délicatesse poétique, récits mythologiques, images et émotion : un volet artistique qui fait vibrer les constellations comme autant d’histoires à ressentir.

De l’autre, le regard levé vers le ciel, Gabriel Tobie, planétologue au LPG de Nantes, ouvre un horizon où la science se mêle au rêve : un volet astronomique qui décrypte, éclaire et révèle les mystères de l’univers avec le souffle vivant de l’actualité scientifique.

Voici un extrait des Contes du Cosmos (deux tableaux sur les quatre présentés lors de la soirée).
Deux tableaux, deux langages, mais une même promesse : celle d’un voyage où la poésie rencontre l’infini.
Tableau 1 : Mars et Vénus, Marie-Joséphine-Angélique Mongez, 1841

1- Entre art...
Dans la salle du musée, le regard est immédiatement capté par une confrontation mythologique : Mars et Vénus. Le tableau de Marie-Joséphine-Angélique Mongez met en scène deux forces opposées. Mars, à gauche, incarne la guerre avec ses attributs militaires et une présence sombre, presque menaçante. Vénus, à droite, impose une tout autre dynamique : lumière claire, présence de son fils Cupidon, colombes et roses, dans une atmosphère apaisée.
Cette opposition visuelle est caractéristique du néoclassicisme : composition rigoureuse, idéalisation des corps, précision des contours. Formée dans l’atelier de Jacques-Louis David, Mongez s’inscrit dans ce courant tout en occupant une place rare pour l’époque : celle d’une femme peintre d’histoire.
Le lien avec l’astronomie s’impose rapidement. Mars et Vénus ne sont pas seulement des figures mythologiques, ce sont aussi deux planètes visibles à l’œil nu, connues depuis l’Antiquité. Les civilisations babylonienne et grecque ont observé ces astres « errants » avant que les Romains ne leur attribuent les noms que nous utilisons encore aujourd’hui.
2-...et science :
Ce parallèle entre mythe et ciel trouve aujourd’hui une résonance scientifique très concrète. Vénus, étudiée par la future mission EnVision, est un monde extrême : température moyenne de 460°C, pression écrasante, atmosphère composée majoritairement de dioxyde de carbone. Les missions précédentes n’y ont survécu que quelques heures.
Mars, de son côté, est devenue la planète la plus explorée du Système solaire après la Terre. Les rovers Curiosity et Perseverance analysent en continu son sol, sa géologie et ses traces d’un éventuel passé habitable. Deux missions robotisées qui s’inscrivent dans une exploration au long cours.
Autour de Mars, ses deux lunes Phobos et Deimos font également l’objet d’une attention croissante. La mission Martian Moons eXploration prévoit de prélever des échantillons et de mieux comprendre leur origine, avec un retour sur Terre attendu dans la décennie à venir.
Conclusion :
Ce qui ressort de cette déambulation, c’est la continuité entre représentation artistique et exploration scientifique. Les mêmes noms circulent depuis des siècles, mais leur statut a changé : d’abord mythes structurants, ils sont devenus objets d’étude. L’art en conserve les récits et les symboles, la science en décrit désormais la réalité physique.
Tableau 2 : Les Génies de la poésie, de l’histoire, de la physique et de l’astronomie, Noel HALLÉ, 1761
1- Entre art...
Dans cette nouvelle salle, le regard change complètement d’échelle. On quitte les sujets mythologiques pour une scène foisonnante, presque théâtrale : la toile de Noël Hallé, Les Génies de la poésie, de l’histoire, de la physique et de l’astronomie.
Peinte en 1761, l’œuvre est immédiatement identifiable au style rococo. Tout y est mouvement : les lignes sont courbes, les compositions circulaires, les couleurs pastel se fondent dans une lumière douce et diffuse. Même les éléments les plus symboliques semblent flotter. Au centre, des figures d’enfants, des putti, occupent tout l’espace, comme une mise en scène du savoir devenu vivant.
Chaque groupe de figures renvoie à un domaine précis. La poésie s’organise autour de la lyre et de Pégase, l’histoire se construit dans l’écriture des événements du règne, la physique s’appuie sur des instruments expérimentaux, et l’astronomie mobilise globes, cartes et compas. Le message est clair : le savoir se décline en disciplines, mais partage une même dynamique de curiosité.
Au premier plan, les objets scientifiques prennent une place centrale. On reconnaît des dispositifs issus des laboratoires du XVIIIe siècle, comme la pompe à vide, utilisée pour les expériences sur le vide, ou encore des systèmes optiques inspirés des premières technologies de projection et de vision. Ces outils ne sont pas décoratifs : ils incarnent concrètement la transformation de la science à cette époque.
2- ... et science
Le tableau s’inscrit pleinement dans le contexte du siècle des Lumières, marqué par une accélération des découvertes. Les travaux de Galileo Galilei ouvrent la voie à l’observation télescopique du ciel, ceux de Isaac Newton structurent la gravitation universelle, tandis que des figures comme William Herschel repoussent les frontières du système solaire avec la découverte d’Uranus. Dans le même mouvement, la cartographie du ciel s’enrichit avec le catalogue de Messier et les hypothèses de penseurs comme Kant ou Laplace sur la structure de l’univers.
Ce que montre Hallé, ce n’est pas seulement un état du savoir, mais une dynamique. La science apparaît comme un processus collectif, outillé, en construction permanente. Les instruments représentés dans la toile — lunettes, dispositifs optiques, machines expérimentales — rappellent que chaque avancée repose sur une innovation technique.
Dans ce contexte, l’astronomie occupe une place particulière. Elle est à la fois observation, calcul et imagination. Les corps célestes deviennent objets d’étude, mais aussi supports de représentation. La toile met en scène cette transition : du mythe vers la mesure, de la poésie vers l’instrument.
Conclusion :
Ce qui saisit, au terme du parcours, c’est l’art avec lequel l’artiste tisse une conversation entre les disciplines. L’image ne se contente pas d’illustrer la science : elle la met en scène comme un ensemble vivant, en mouvement, presque ludique. Une manière, déjà au XVIIIe siècle, de montrer que connaissance et création avancent ensemble, dans un même élan.
CRÉDITS :
Article écrit par Audrey LAVAU-GIRARD, Programmatrice-événementiel, CCSTI Terre des Sciences, en collaboration avec Élise GAILLARD et Gabriel TOBIE.
D'après l'événement Les contes du Cosmos, une idée originale d'Audrey LAVAU-GIRARD, dans le cadre du cycle "RDV astro : Au coeur de l'Espace " porté par le CCSTI Terre des Sciences
Intervenants :
Élise GAILLARD, médiatrice culturelle, Musée des Beaux-Arts, Angers
Gabriel TOBIE, chercheur en planétologie, Laboratoire de Planétologie et Géosciences de Nantes
Partenaires du cycle "RDV astro" :
Le Laboratoire de planétologie et géosciences (CNRS / Nantes Université / Université d’Angers/ Le Mans Université), EU*Asia Institute de l’ESSCAEU, l'association étudiante Curiosity-ESEO, l'association bénévole Ciel d’Anjou.
La saison culturelle de Terre des Sciences est soutenue par :

