Et si pour traiter les cancers, il ne fallait pas cibler que les cellules cancéreuses ?

Publié par Nantes Université, le 18 février 2026

Les cancers représentent la première cause de mortalité en France. Selon l’Institut National du Cancer (INCA), près de 1 200 nouveaux cas de cancers sont détectés par jour. Les cancers les plus fréquents sont ceux de la prostate, du sein, du côlon-rectum et du poumon. Les traitements les plus communs en cancérologie, comme la radiothérapie et la chimiothérapie, sont utilisés pour détruire les cellules cancéreuses mais leur efficacité n’est pas toujours totale. Ces dernières années, de nouveaux traitements, appelés immunothérapies ont émergé. Ils ont la particularité de ne pas cibler les cellules cancéreuses directement mais les cellules immunitaires. La combinaison de ces différents traitements apparait très prometteuse.

Les tumeurs ne contiennent pas uniquement des cellules cancéreuses.

D’un point de vue biologique, les cancers naissent de la transformation de cellules normales en cellules cancéreuses, mutées, présentant une prolifération anarchique, et finissant par former une masse appelée « tumeur maligne ». Mais les cellules cancéreuses ne suffisent pas à développer, seules, une tumeur. Elles sont aidées par de multiples acteurs avec lesquels elles interagissent dans leur environnement proche (Figure 1). Comprendre cet environnement permet de mieux comprendre les mécanismes responsables de la survenue et du développement des cancers.

Les cellules cancéreuses sont soutenues par une structure dynamique, la matrice extracellulaire (charpente du tissu) qui est constamment remodelée. La composition de cette matrice est propre à chaque organe mais reste composée en grande partie d’eau.

La tumeur comprend également des cellules non cancéreuses appelées cellules du stroma. Elles incluent les fibroblastes, cellules de soutien qui vont produire la matrice extracellulaire décrite ci-dessus. Elles incluent également des cellules permettant la formation de nouveaux vaisseaux sanguins au sein de la tumeur.

Enfin, la tumeur comprend des cellules immunitaires. Ces cellules ont pour mission de protéger notre corps contre les pathogènes, comme les bactéries et les virus. Dans le cas de certains cancers, ces cellules immunitaires reconnaissent les cellules cancéreuses et tentent de les éliminer. Cependant, les cellules cancéreuses développent des stratégies leur permettant d’échapper à la surveillance des cellules immunitaires. Ces dernières se retrouvent alors déréglées, ne parvenant plus à reconnaître les cellules cancéreuses comme « anormales » et à les détruire. Certaines cellules immunitaires se retrouvent même programmées par les cellules cancéreuses pour contribuer à la croissance de la tumeur. Il existe de nombreux types de cellules immunitaires, nous nous intéressons particulièrement à l’un d’entre eux : les macrophages.

Cibler les macrophages des tumeurs par immunothérapie

Dans notre organisme, les macrophages font partie de la première ligne de défense contre les pathogènes. Elles captent ainsi les signaux extérieurs anormaux (virus, bactéries) afin d’activer si besoin une réponse immunitaire forte. Par la suite, ces cellules sont impliquées dans la réparation des tissus abimés suite à leur destruction par les cellules tueuses du système immunitaire. Les macrophages sont ainsi très sensibles aux signaux environnementaux.

Dans la tumeur, les macrophages sont bien présents et leur accumulation est souvent associée à un mauvais pronostic dans différents types de cancers. Ces cellules immunitaires reconnaissent les signaux anormaux envoyés par les cellules cancéreuses mais en captant ces signaux, certains macrophages sont fortement modifiés. Ces macrophages, normalement indispensables au bon déroulement de la réponse immunitaire, perdent ainsi leur agressivité et se retrouvent à contribuer au développement de la tumeur.

Des premières stratégies thérapeutiques ont visé à détruire les macrophages dans les tumeurs mais leur efficacité est limitée. En effet, la fonction initiale des macrophages reste importante pour éliminer les tumeurs. Il faut donc développer de nouvelles stratégies visant à reprogrammer ces macrophages pour qu’ils retrouvent leur agressivité contre la tumeur.

Grace au soutien de l’INSERM et de la Région Pays de La Loire, nos travaux au CR2TI consistent à étudier les macrophages déréglés au sein des tumeurs. Nous souhaitons comprendre comment ces cellules sont reprogrammées par les cellules cancéreuses et par quels moyens elles contribuent au développement de la tumeur. Ces étapes sont indispensables pour développer, par la suite, de nouvelles immunothérapies permettant de redonner à ces macrophages leur capacité à éliminer les cellules cancéreuses.


Cet article a été rédigé par Aurélie Moreau, chargée de recherche Inserm au CR2TI, dans le cadre d'un projet scientifique soutenu par la Région des Pays de la Loire via le dispositif Étoiles Montantes