La recherche angevine associée au vol spatial de Sophie Adenot
Publié par Cédric Paquereau, le 13 février 2026
Professeur à l’Université et au CHU d’Angers, Marc-Antoine Custaud profitera de la mission εpsilon de l’astronaute française Sophie Adenot, pour faire avancer les connaissances sur la régulation cardiovasculaire et les troubles osseux.
Cinq ans après Thomas Pesquet, Sophie Adenot, astronaute française de l’Agence spatiale européenne (ESA), a décollé de Floride ce vendredi 13 février, à destination de la Station spatiale internationale (ISS), accompagnée de deux Américains et d’un Russe. Lors de cette mission εpsilon, d’une durée prévue de 8 à 9 mois, elle réalisera probablement des sorties extravéhiculaires, contribuera aux opérations de maintenance de la Station, et mènera diverses expériences scientifiques et médicales. Y compris sur elle-même !
Un appareil, baptisé PhysioTool, devrait ainsi fournir des données sur les conséquences de la suppression des effets de la gravité sur la régulation cardiovasculaire. « Le vivant a évolué avec la gravité et la régulation cardiovasculaire est intimement liée à cette force », explique Marc-Antoine Custaud. Néphrologue et physiologiste, spécialiste de médecine environnementale, il a l’habitude de travailler à partir de simulations au sol. Le vol spatial lui offre la possibilité d’une étude en conditions réelles d’absence de pesanteur, sur le long terme.
Effets de la sédentarité
En coopération avec le Centre national d’études spatiales (Cnes), le professeur de l’Université d’Angers (unité Mitovasc), praticien au CHU d’Angers, a contribué au développement de PhysioTool, « un outil dérivé d’un polysomnographe, un appareil biomédical dédié au suivi du sommeil. Il va nous permettre de récolter des informations sur le cœur, la respiration, l’activité musculaire, etc. », poursuit Marc-Antoine Custaud, qui travaille avec sur ce projet avec Benoît Bolmont, un neuropsychologue de l’Université de Lorraine. L’objectif est de pouvoir mesurer précisément les effets cardiovasculaires de diverses stimulations neurosensorielles. « Les émotions ont un impact sur la régulation de la pression artérielle. Nous voulons étudier comment cela est modifié en l’absence de gravité ».
Des mesures avaient déjà été réalisées en 1996 lors du premier vol de Claudie Haigneré, la première Française envoyée dans l’espace, grâce au système PhysioLab. « L’appareil était plus gros, moins complet. Là, nous sommes vraiment sur la toute dernière version, totalement ambulatoire. C’est la première fois que nous aurons une telle intégration, avec autant de paramètres mesurés ».
Sophie Adenot sera soumise à des mesures au sol, en vol, et à son retour sur Terre, lorsque son corps sera de nouveau soumis à la gravité et devra réapprendre à se réguler. « Le système cardiovasculaire met environ une semaine avant de se réhabituer à la gravité ! »
L’expérience ne servira pas que la recherche spatiale. Malgré 2 heures d’activité sportive quotidienne, « les astronautes sont de grands sédentaires. Ils ont tendance à faire du gras, leur volume musculaire diminue, on note une décalcification des os, des troubles de la régulation cardiovasculaire… Tout ce qu’on rencontre chez des personnes sédentaires ou alitées pour raison médicale. L’expérience va donc nous permettre de mieux comprendre ce qui se passe pour elles ».
Troubles osseux
Marc-Antoine Custaud coordonne un deuxième programme de recherche, Echo-Bones, mené avec des unités de Saint-Étienne (Laurence Vico) et de Delft (Guillaume Renaud), aux Pays-Bas. Il vise à mettre au point une technique d’échographie qui permette de « visualiser ce qui se passe dans l’os, de mesurer sa structure et d’observer le déplacement du sang ». Objectif : en apprendre davantage sur les troubles osseux, dont tous les astronautes ne récupèrent pas complètement après leur mission.
Des premiers essais ont déjà eu lieu. L’équipage de la mission εpsilon sera soumis à des observations avant le décollage, puis au retour, mais pas encore en vol. « Pour l’instant, l’appareil est assez volumineux. Le vol spatial impose des appareils légers, miniaturisés, simples d’utilisation, et compatibles avec l’environnement de la station. C’est ce que l’on vise : proposer dans un deuxième temps un équipement qui pourra être embarqué ».

Sophie Adenot, lors d'une visite au Cnes, à Toulouse, le 24 novembre 2025, aux côtés de Marc-Antoine Custaud (à droite). © CNES/OLLIER Alexandre
