Entraîneur–athlète : quand la qualité relation est considérée comme un facteur clé de la performance et du bien-être

Publié par Valentin Roux, le 16 mars 2026

En contexte sportif, les dimensions technico-tactiques, physiques, et mentales sont souvent considérées comme les 3 « piliers de la performance » (Zerzouri, 2006). Parmi les facteurs influençant la dimension mentale, la qualité des relations interpersonnelles, et plus précisément la qualité de la relation entre l’entraîneur et l’athlète est souvent décrite par les sportifs comme déterminante. Certains évoquent un mentor, d’autres un soutien dans les moments difficiles ou encore une personne qui les a aidés à croire en eux[1].

Mais comment explorer scientifiquement cette relation ? Qu’est-ce qui fait qu’elle fonctionne… ou qu’elle se détériore ?

Depuis une vingtaine d’années, les chercheurs en psychologie du sport se sont penchés sur cette question. Parmi les modèles les plus utilisés figure le modèle des “3+1C”, développé par une chercheuse anglaise Sophia Jowett (2007). Ce modèle propose d’explorer la qualité des interactions entre entraîneur(s) et athlète(s), via l’analyse de leurs émotions, pensées, et comportements dans la relation.

Une relation bien plus complexe qu’il n’y paraît

La relation entraîneur-athlète peut être définie comme « une relation interpersonnelle unique dans laquelle les émotions, les pensées et les comportements de l’entraîneur et de l’athlète sont interconnectés et interdépendants » (Jowett, 2007).

En d’autres termes, ce modèle suggère une relation bidirectionnelle :

  • l’entraîneur influence l’athlète,
  • mais l’athlète influence aussi l’entraîneur.

Autrement dit, la qualité de cette relation se construit à deux.

Pour mieux comprendre cette dynamique, le modèle des 3+1C propose d’aborder la qualité de cette relation par le prisme de 4 dimensions particulières (voire Figure 1).

Figure 1. Illustration du modèle des 3+1C de Jowett (2007). Sources icônes FreePik

1. La proximité : la dimension affective

La proximité renvoie aux liens affectifs entre l’entraîneur et l’athlète. Elle se manifeste par des sentiments mutuels de confiance, respect, de soutien émotionnel et d’appréciation réciproque.

2. L’engagement : la dimension cognitive

L’engagement correspond à l’intention et la motivation qu’ont l’entraîneur et l’athlète à travailler ensemble sur la durée, à co-construire un cadre de référence commun et atteindre des objectifs communs sur le long-terme.

3. La complémentarité : la dimension comportementale

La complémentarité renvoie à la manière dont entraîneur et athlète interagissent, coopèrent, s’entraident, et se partagent les rôles et les responsabilités pour atteindre des objectifs communs.

4. La co-orientation : le « +1 » correspondant au degré de compréhension mutuelle

La co-orientation peut être considérée comme une méta-dimension traduisant le degré de compréhension mutuelle entre l’entraîneur et l’athlète. Plus spécifiquement, elle correspond au degré de concordance entre les perceptions de l’entraîneur et de l’athlète des niveaux de proximité, d’engagement, et de complémentarité. Plus les perceptions de l’entraîneur et de l’athlète concordent à des niveaux élevés, meilleure sera la qualité de la relation.

Pourquoi la qualité de cette relation est-elle si importante ?

Depuis plus de 20 ans, de nombreuses recherches montrent que la qualité de la relation entraîneur-athlète peut avoir des effets majeurs sur la performance et le bien-être des athlètes et des entraîneurs (Roux & Trouilloud, 2021).

Ces travaux suggèrent notamment que des niveaux élevés de proximité, d’engagement, de complémentarité, et de co-orientation sont associés chez les athlètes et les entraîneurs à :

  • une motivation plus élevée
  • une plus grande satisfaction
  • une meilleure cohésion d’équipe
  • de meilleures performances sportives
  • un bien-être psychologique accru.

À l’inverse, une relation conflictuelle ou distante peut favoriser des niveaux élevés de stress, une baisse de motivation, un décrochage sportif, des risques de burnout, voire même un risque de blessure accru chez les athlètes.

Un enjeu scientifique… mais aussi sociétal

Aujourd’hui, les recherches sur la relation entraîneur-athlète(s) ne se limitent plus à comprendre l’impact des interactions entre l’entraîneur et l’athlète (Jowett, 2025), mais aussi à des questions appliquées et sociétales:

  • Comment mieux former les entraîneurs et les athlètes pour optimiser leur performance et leur bien-être ?
  • Comment favoriser des environnements sportifs adaptés aux spécificités de chaque sport ?
  • Comment promouvoir la santé mentale, le bien-être et la performance dans des environnements compétitifs exigeants ?

En mettant l’accent sur la qualité des interactions humaines, le modèle des 3+1C rappelle que la réussite sportive ne dépend pas seulement des capacités physiques ou techniques, mais aussi de la qualité des relations qui se construisent sur le terrain, à l’entraînement et au quotidien.

Jowett, S. (2007). Interdependence analysis and the 3+1Cs in the coach-athlete relationship. In S. Jowett & D. Lavallee (Éds.), Social Psychology in Sport. (p. 15‑27). Human Kinetics. https://doi.org/10.5040/978149...

Jowett, S. (2025). 25 years of relationship research in sport : The quality of the coach-athlete relationship as defined by closeness, commitment, complementarity and co-orientation (3+1Cs). Psychology of Sport and Exercise, 102909. https://doi.org/10.1016/j.psyc...

Roux, V., & Trouilloud, D. (2021). Vers une meilleure compréhension de la relation entraîneur-entraîné(s) : Une revue systématique de la littérature issue du modèle des 3+1Cs. Movement & Sport Sciences - Science & Motricité, 4(114), 29‑49. https://doi.org/10.1051/sm/202...

Zerzouri, S. (2006). Historique des modèles de la performance sportive. Université libre de Bruxelles.


[1] Callier, C. (2016). La machine Teddy Riner décryptée par son entraîneur. Le Figaro.